Réflexion

Jeudi 11 décembre 2008

On m’a demandée de m’interroger sur un sujet épineux. D’une envergure à la fois terrible et étrange, d’une force mystérieuse.

Le problème est que plus je me penche dessus, et plus il m’apparait difficile, avec une évidence de moins en moins apparente. En soi, il était déjà un sérieux problème et voilà qu’il se complique encore.

Chacun d’entre vous, d’entre nous, a déjà face à l’amour, et nul besoin de me fixer avec vos yeux ronds. Vous pouvez me dire ce que vous voulez, vous aurez tort ! L’amour est un sentiment qui nous rend visite dès notre plus jeune âge. C’est d’ailleurs aussi pourquoi il apparait si compliqué. Il existe tellement de disparités amoureuses, de variances…. Amour maternel. Amour parental. Amour fraternel. Et je ne cite là que les amours possibles dans le contexte familial. L’amour que l’on va porter à nos parents diffère selon que l’on soit une fille ou un garçon, de notre père à notre mère, et pour nos frères et sœurs, c’est encore différent ! Il n’y a qu’un pas à faire pour franchir la ligne de la haine, si proche et si lointaine. Vous n’avez jamais eu l’envie de tuer votre frangin(e) ?

C’est assez surprenant à entendre –et à dire- mais cet amour fraternel est assez proche de cet autre sentiment, appelé « amitié », et qui n’est autre qu’une branche incontestable de l’amour. J’ai souvent appelé mes amis « frérot » et pour quelles raisons à votre avis ? Il me semble que c’est tissé entre nous un lien assez fort pour que l’amitié que je leur porte se change en un amour « fraternel ». Il se pourrait donc que j’en vienne à les haïr ? A désirer leur mettre des gifles, autant pour les réveiller que par désir ?

Et la frontière est toute aussi mince entre l’amitié amoureuse et l’amour amical. Quelle est la différence entre les deux me direz-vous ? L’un est amour caché, l’autre fraternité sincère. Et souvent, le premier se terre au fond de notre cœur, sans pour autant se cacher complètement. Ignoré un temps, il finit par faire souffrir jusqu’à débordement total, et perdition. Les signaux sont nombreux et ne trompent pas : petits gestes épars, attentions bénignes, regards vides. Rien de bien important, et « ça ne veut rien dire ». Surtout pour les principaux concernés, en fait. Ce sont les autres, ceux qui les entourent, qui le remarquent, sans mot dire, avant de tout faire pour que la roue tourne, délicatement.

Et voilà, je me penche sur le sujet, je tente d’éclaircir le tout, et je suis encore plus perdue qu’avant. Le problème est certain, le mystère entier. Après on dit que l’amour « c’est beau ».  Mais comment peut-on trouver beau, une chose incompréhensible ? Est-ce la part mystérieuse qui le rend attrayant ?

 





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Lundi 8 décembre 2008


Si un jour je te dis ce que j’ai pensé, si je te dis la vérité, me promets-tu de ne pas te moquer ? Si je ne dois t’annoncer rien que la réalité, me promets-tu de ne pas trouver de quoi rire ?

Si ce jour là tu découvres une autre facette de mon personnage, que tu ne connaissais pas, pourrais-tu survivre aux éclats de rire qui s’empareront de toi ?

 

J’ai un personnage bien façonné. Une petite poupée vénitienne, qui se balade dans les rues de la ville humidifiée par les embruns de la mer. Les yeux couleur marine murmurent des douceurs immondes avec une froideur gelée, derrière ce masque auréolé de paillettes bleutées.

Je suis une petite marionnette de la vie, qui déambule simplement dans les rues de la réalité sans même s’interroger sur les vérités que renferme la prison dorée qui nous retient tous. Les cordelettes fines qui tiennent doucement mes membres sont élimées par le temps.

Mes sourires sont blessants, parfois tranchants, et mes blessures restent ouvertes malgré les regards joyeux qui trompent la foule en liesse. Mes gentillesses sont parfois mensongères, alors que l’hypocrisie est l’agaçante horreur qui me sert d’amie.

 

Si un jour je suis à découvert, que mon cœur est mis à nu, me promets-tu de ne pas te moquer de moi ?

Si un jour je suis trempée jusqu’aux os et que le déshabillement est la seule solution pour m’éviter la maladie, me promets-tu de ne pas te moquer de moi ?

Si un jour je suis lasse, sauras-tu m’épauler sans me questionner sur ma véritable identité ?




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Jeudi 20 novembre 2008

?

Je demeure pensive.

Evasive.

 

Le silence pèse autour de moi, pas même le vent ne souffle entre les feuilles. Le magnolia ne murmure aucun sentiment. Les oiseaux se sont éloignés avec les vents de l’hiver. On se sent comme auprès d’une froideur macchabée, rappelant les derniers instants des âmes fantomatiques de Charron.

 

Froide.

Dubitative.

 

Les cris se réveillent enfin. L’on revient à la vie. Les oiseaux se disputent une place maigre sur les toits gelés par les vents frais. Les feuilles s’entrelacent avec violence sur les branches parsemées de vide translucide. Les bruits agités des souffles glacés sur la nuque des danseurs hébétés par une musique lancinante, comme après le sermon du prêtre sur les corps embaumés des défunts pleurés.

 

Je demeure douteuse.

Sensible.

 

 

Quel drôle de sentiment qui bisque mes entrailles élimées par le temps ?

 

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Lundi 17 novembre 2008

Blandine                             [Rêveuse égarée.]             dit :

*Par exemple, l’article neuf de la Constitution japonaise prévoit que « le peuple japonais renonce à la guerre et qu’il ne sera jamais maintenu de force terrestre, aérienne et maritime » ; or, l’on sait que la force armée japonaise est l’une des plus puissantes au monde.

*Il n'y a qu'en droit constitutionnel qu'on peut voir un truc aussi intéressant --'

(F)(*).._-°-_...Marc..._-°-_..(*)(F) dit :

*on leur fout du napalm

 

Toujours aussi pragmatique le p’tit gars (petit, petit, plus grand que moi). La conclusion fut bonne, et la cloche a sonné. Au moins, la vérité est toute tranchée, et la théorie de l’interprétation peut l’appliquer. Vous pouvez choisir d’évaluer le sens des mots et leur donner le sens que vous souhaitez. Si, si, je vous assure ! A qui souhaitez-vous balancer du napalm dans la figure ?

Figurez vous que la première personne qui me vient à l’esprit est ma chargée de TD en droit constitutionnel, et ensuite… peut-être bien cet enfoiré là, pas très loin, pas très proche, mais surtout bien enculé. Je ne citerai pas son nom pour ne pas choquer les petites âmes sensibles, déjà parties en claquant la porte, ou en fermant la petite croix en haut à droite.

                Bref, la fatigue sonne à ma porte, je ferme les yeux, et les rêves viennent. Je m’arrête.

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Lundi 17 novembre 2008

Dans un grand éla de générosité, je vous fais part de mes récentes études sur "la force des mots."


La force normative vient-elle des mots ?

Paul Valery nous disait que « l’obscurité d’un poème est le produit de deux facteurs, la chose lue et l’être qui l’a lue (…) ».

 

Monsieur Alexandre Viala ouvre les débats en nous apportant la connaissance de son article, à  l’origine de ce séminaire, en compagnie de Michel Troper.

Il se pose la question de l’interprétation, et y répond en deux parties, afin de bien soumettre la question au problème auquel il fait face.

En substance, il apparait que la théorie de l’interprétation nous enseigne que l’interprétation judiciaire est un acte de volonté à proprement parler. De ce fait le juge est libre d’interpréter la norme, et apparait comme un créateur de droit.

En conséquence, la théorie appartient à la tradition empiriste, qui est aussi réaliste. Dans ce cas présent, que fait le juge ? Il fait la loi mais en subit aussi les contraintes. Pour Monsieur Viala cette théorie de l’interprétation contient une part d’idéalisme, de métaphysique, toutefois elle néglige les contraintes sémantiques (la force des mots). Ce néant sémantique, ce  nihilisme est une part d’idéalisme, différente de la réalité normatique, et du paysage linguistique.

La réalité linguistique contraire le nihilisme sémantique sur lequel se base la théorie de l’interprétation. Selon Hobbes, c’est « l’autorité et non la vérité qui fait la loi. » Seule l’autorité va donc trancher.

                La vacuité des mots profite au juge qui n’interprète pas mais décide ; ce qui reviendrait à dire que l’interprétation n’existerait plus. L’article 4 du Code Civil en serait la preuve, puisque le juge qui préfère se taire en dépit d’une décision concrète est accusé de déni de justice. La nature n’a pas d’ordre et l’interprète est livré à lui-même.

                La théorie réaliste est un décisionnisme judiciaire : le juge est seulement un décideur, contrairement au légalisme.

                Les mots ont une force et l’interprète n’est pas le souverain. La langue apparaît comme un artefact qui s’impose d’une génération à une autre, on est donc assujetti. Mais les mots ont leur force dans un contexte énoncé. Il y a aussi un déterminisme linguistique qui provient de la culture elle-même, et le vocabulaire employé joue dans la compréhension de la chose. Par exemple, en français le verbe « pouvoir » a deux signifiés, tandis qu’en anglais, les verbes « may » et « can » sont utilisés. Il est donc plus difficile d’exprimer deux choses différentes avec le même verbe qu’avec deux mots différents. De plus, dans chaque langue se trouvent des intraduisibles, tels que « shadow-cabinet » en anglais, qui signifie le cabinet de l’opposition.

                En conclusion, la théorie de l’interprétation est elle une universalité ignorante de la force des mots ? « Revenons sur Terre », conclue Monsieur Viala.

 

                Le Professeur Michel Troper, à cela, répond que l’accord existe, et que dans l’interprétation (qu’elle soit du droit, de la musique, de la littérature, ou autre), des conventions linguistiques sont. Lorsque nous argumentons, nous présupposons une signification objective ; en dehors de la théorie du droit, qui ne se demande pas comment on interprète au quotidien.

                En droit, il s’avère que la question essentielle est celle du  « sollen ». C’est une idéologie, car si l’interprète fait autre chose que découvrir quelque chose de déjà existant, on peut s’interroger sur sa légitimité. Qu’est ce qui lui permet de créer le droit ? Il doit appliquer la volonté du souverain véritable.

                Qu’est ce que le droit habilite le juge à faire ? Il fait ce qu’il veut avec les mots, et il peut les interpréter en fabriquant leur sens. De ce fait, il existe plusieurs théories réalistes.

En revanche, pour dire que le juge sort du cadre, il faudrait une interprétation objective, inexistante lorsque le même juge est souverain. L’idée du sens objectif n’est pas un présupposé nécessaire car l’interprétation valide l’est d’un seul critère : de qui émane-t-elle ?

                Paul Valery a conclu que n’importe quel lecteur peut interpréter une chose. L’interprétation est donc sans fin puisque tout un chacun va l’interpréter d’une différente manière. En droit, c’est différent, puisque l’interprétation s’achève lorsqu’une décision est prise et qu’elle a des conséquences qui se répercutent par la suite. (Article trois de la Constitution de 1958). Par exemple, l’article neuf de la Constitution japonaise prévoit que « le peuple japonais renonce à la guerre et qu’il ne sera jamais maintenu de force terrestre, aérienne et maritime » ; or, l’on sait que la force armée japonaise est l’une des plus puissantes au monde.

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Lundi 20 octobre 2008

Je suis égoïste, mais je pense aux autres avant de penser à moi. A moi en rêvant je pense, dans mes nuitées dangereuses aux A380 en veilleuse. Je crois à mon bonheur lorsque je m’endors, à mes heures perdues sous mes draps solitaires.

Je suis égoïste, mais les autres passent avant moi. Je souhaite chaque jour leur bonheur, leurs sourires et leurs rires, et ce à mes risques et périr. Je suis proche du rien, je leur donne tout, et je ne souhaite rien d’autre que leur tout.

Sauf. Sauf dans mes rêves où renaît l’espoir des jours perdus. C’est une mélancolie qui m’efface de ce paysage triste aux pluies vertigineuses. C’est une mélodie qui rythme mes pas égoïstes qui effleurent le sol froid du bitume humide. C’est une chansonnette qui bat dans mes tympans, au rythme d’un cœur perdu malheureux, et solitaire.

Je suis égoïste mais je pense aux autres. Je suis égoïste mais je ne pense qu’aux autres. Qu’est ce que le moi ?

 

Soyez heureux, je resterai égoïste.


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Vendredi 26 septembre 2008

 

Facebook.

Qui ne connaît pas ce simple mot résumeur de pensées vertigineuses et toutes plus scandaleuses les unes des autres. Alors que je vous écris, je suis en même temps penchée sur le dernier groupe que j'ai rejoint, en l'honneur d'Albert le Cinquième Mousquetaire, dessin animé culte de mon enfance. Et oui... Je retrouve également toute ma vie enfantine de petite fille modèle des années 90, d'ailleurs, ça aussi, c'est un de mes groupes.

Aah ! Facebook addict ! On l'est tous plus ou moins maintenant... Car cette plateforme de discussions regroupe des milliers, des millions voire des milliards de personnes aux quatre coins de la planète bleue... Vous pourrez donc parler avec votre voisin australien ou votre éloigné du pâté de maison le plus proche !

Les civilisations se mélangent et nous voici en plein choc des cultures... Il n'y a pas que du mauvais dans tout ça... Même si on peut trouver des groupes assez étranges et des célébrités connues que par les juristes et économistes : Quelqu'un connaît Tocqueville dans l'assemblée ? Pourtant j'en suis fan... Bon d'accord, c'est un peu ironique, mais c'est vrai. J'ai également pu avouer mon grand engouement pour d'autres célébrités dans le milieu de la faculté de droit de Montpellier, ou rejoindre les uniques fans des Minikeums au monde...

Quelqu'un fait la journée facebook vendredi prochain ? Encore l'une de mes folies d'addict effrontée.


Ah Facebook ! Même mon correcteur orthographique connaît ce mot... L'addiction n'a plus de limite et nous sommes tous en corrélation étroite avec cet étrange énergumène qui amène tant de monde ! Une grande histoire qui commence... Et la guerre des gangs éclate alors que j'achète mes amis... Vous imaginez un peu ? Le virtuel l'emporte sur le réel et la réalité reste ancrée dans le virtuel... Facebook. Une nouvelle ère commence.

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Mercredi 10 septembre 2008

 

Je pourrais comme beaucoup écrire des textes insignifiants, de ceux qui ne veulent rien dire, et qui font pleurer les petites âmes sensibles. De ceux qui n'évoquent que le vide et le non-sens évident, qui font pleurer ceux qui reconnaissent l'art des mots.

Je pourrais... Je ne peux.

J'estime que l'écriture apporte bien plus que les jeunes gens ne se l'imaginent. Elle est une forme de médicament, qui apporte sérénité, bien être et une touche d'originalité. Mais lorsque l'on écrit et que l'on a la prétention de le faire remarquer, il faut au moins le faire avec intelligence. Il faut sinon garder ses textes pour soi, afin de ne pas se couvrir d'une bonne dose de ridicule qui ne nous permet pas de nous en remettre. Le public est impitoyable, et les ragots vont bon train, détruisant facilement tout être qui y est confronté.

Je vogue souvent sur les pages des adolescents et adultes qui écrivent quelques mots de ''poésie'', et je suis surprise de trouver un nombre incalculable de pages qui exposent des horreurs choquantes. Comment peut-on se permettre de présenter des paroles insipides ? Ou des appositions emplies de fautes plus horribles les unes que les autres ? Je suis outrée.

J'étais probablement comme cela avant, mais je me suis aperçue que c'était une erreur monumentale. Je n'ai jamais, sans vouloir me vanter, fait de grosses fautes d'orthographe; et en voir chez les autres m'énerve. J'ai tenté de comprendre, de voir que certains ne peuvent pas faire autrement que de faire des fautes d'orthographe. Et j'écrivais des textes insignifiants comme beaucoup de jeunes gens, mais je trouvais qu'ils étaient tellement mal construits, et je ne les montrais qu'à mes parents, jamais au monde entier; alors j'ai décidé d'écrire autre chose, mais je suis encore jeune et je peux découvrir que les choses changent et ne sont pas forcément comme pouvait les imaginer; mais certains adultes, qui ont dépassé la vingtaine, continuent à rédiger des écrits à la manière des pré-adolescents.

Ecrire comme cela alors que nous avons dépassé l'âge de raison est une preuve de non maturité affligeante, qui remet en question la capacité à grandir de la personne. Pourquoi n'est-elle donc pas capable de réfléchir de manière plus élaborée qu'une jeune fille de treize ans qui écrit des petits vers pour parler d'amour, de difficultés, de mal être... C'est peut-être un remède adolescent parmi d'autres, mais à l'âge adulte... C'est assez inquiétant !

Je pourrais... Je ne peux.

Je sais que je me répète, mais garder pour moi tous ces sentiments me fait mal. J'ai mal au coeur, et je me dis que j'ai la chance de pouvoir dire ce que je pense, puisque la liberté d'expression existe bel et bien dans notre monde. J'ai besoin de pouvoir dire ce que je ressens pour imaginer le monde de manière différente que la plupart des gens.

 

Vous comprenez peut-être mon point de vue.

Peut-être que vous ne comprendrez pas du tout.

Je ne sais pas vraiment, parce que beaucoup me disent ne pas comprendre, et certains le contraire.




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Lundi 8 septembre 2008
Il paraît que je suis majeure. Il paraît que j'ai dix huit ans. Il paraît ?
Apparence ou réalité ? Mythe ou Vérité ? Je m'interroge. J'ai du souffler dix-huit bougies de cire. Dix huit petites flammes scintillantes qui réchauffent le cœur.
Mais est-ce un leurre ?
Je n'ai pas l'impression d'avoir vieilli, d'avoir écopé d'un an de plus dans la vie. Je n'ai pas l'habitude de me dire «j'ai dix-huit ans, je peux agir comme bon me semble, prendre mes responsabilités, être adulte.» C'est à moi de voter, d'être citoyenne, je peux acheter de l'alcool, aller au bureau de tabac demander un paquet de clopes ou un millionnaire. Je peux.
J'ai dix-huit ans, mais je n'en ai pas l'impression. 

Est ce véritablement un cap à passer ? Un âge symbolique qui mérite que l'on s'arrête dessus ? Tout un chacun répète sans cesse que c'est l'âge «mythique» où l'on doit organiser une méga fête et se bourrer la gueule jusqu'à pas d'heure, musique à fond, et copains en transe. Ah bon ? 
Mes dix-huit ans, je les ai passé avec deux amies, en ville, à rire et à traîner. On a mangé un American Steak en buvant un Coca-Cola, avant de faire quelques boutiques et de se séparer. La soirée ? Tranquille, avec mes camarades du club de tennis de table. Entre deux matches, un fond de champagne, de l'Oasis, et une part de gâteau maison. 
Rien de bien extravagant, pas de musiques à fond, pas de tabac ni même d'alcool à flots. Juste des rires, des remerciements en bafouillant, et pas même une larme.

Dix-huit ans, c'est ça.
La banalité.
Un anniversaire comme un autre. Ni plus, ni moins.
Pas de folies extravagantes. Pas de délires insignifiants.

Dix-huit ans quoi.

Vous allez me dire :
Et alors, tu as eu quoi à ton anniversaire ?

Comme chaque année, c'est la question qui se répète et que tout le monde pose pour savoir.
Pourquoi demande-t-on ça d'ailleurs ?
Serait ce pour avoir une idée de quoi offrir à son petit frère ou à sa grande soeur la fois prochaine ?
Par simple curiosité maladive ?
Parce que tout le monde la pose aussi, et que l'on se sent obligé de la poser ?

Qu'importe.

J'ai été gâtée, et j'en ai conscience. Mes parents ont voulu marquer le coup.
Mes amis ne m'ont pas écoutée lorsque j'ai dit que je ne voulais strictement rien.
Du coup, j'ai eu.

Mes parents et mon frère m'ont offert ce que j'attendais depuis tant de temps: l'ordinateur portable qui me faisait rêver. Un IBM ThinkPad T42 noir.
Kate, malgré tous mes efforts pour qu'elle ne m'achète strictement rien, m'a offert un chapeau noir et un veston noir rayé.
Barbara, toujours aussi bornée, est allée en Espagne pour m'acheter des sous vêtements dépareillés.
Alice, qui ne change pas d'avis malgré des menaces fortes, m'a envoyé un petit collier tout mignon que je porte actuellement.
Le Comité directeur du club m'a acheté un bouquet de fleurs rouges d'un goût exquis, comme diraient les marquis d'antan.
Enfin, l'équipe féminine et David se sont côtisés pour m'offrir un bon de 40€ pour m'acheter des fringues chez Pimkie.


Dix-huit ans, c'est pour marquer le coup.
Dix-huit, ça veut dire «sagesse», «calme», »responsable».
Dix-huit ans, c'est... rien en fait.


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Dimanche 24 août 2008
Le rêve est partie prenante du poète. Le rêve, l’évasion, la plume. Trois mots synonymes. A la fois morceau de rêve et pot de déconfiture.
Dites au poète qu’il ne sait pas rêver et soyez prêt à recevoir la correction du siècle. Dites lui que d’une prison, il ne sera pas capable de s’évader, et il vous rira au nez. La pire prison qui soit, la réalité, nul ne peut y réchapper, sauf le poète, par le rêve et le maniement des mots. Il s’envole.
Mais le poète rêve trop, parfois, et le goût âcre du miel se transforme en crevaison dangereuse. Retomber comme un chat sur ses pattes n’est pas donné à tous, et il se peut que le retour à la réalité s’avère difficile. Il faut être préparé, rêver mais rester lucide, s’envoler mais rester lié à la liane.
Rêve petit enfant. Rêve et profite de ton innocence tendre. Ecoute tes parents mais forge toi ta propre opinion du monde. Voici la différence entre l’homme et le poète. L’homme est un adulte dévoré par l’angoisse et le stress. Le poète est un homme qui n’a pas oublié de rester enfant.
Je suis un peu adulte, un peu enfant. Une femme enfant qui a grandi sans oublier la peluche dans son lit.

 



Le monde de l’écrivain n’est pas d’une simplicité déconcertante, loin s’en faut. Tout en lui n’est que paradoxe, mots et vocabulaire. J’ai fait un voyage d’études dans mon cerveau de poète atypique et ma surprise fut grande.
Loin d’afficher le désordre ambulant dans ma chambre de jeune femme peu ordonnée, mon petit muscle crânien démontre d’une capacité impressionnante à emmagasiner des connaissances dans un étalage parfaitement rangé.
Chaque étagère est occupée savamment par des livres massifs renfermant des dossiers confidentiels sur chacune des personnes rencontrées dans les dix-huit dernières années de ma vie. Chaque tiroir renferme les secrets les plus ahurissants sur chacun des mots étudiés depuis mon apprentissage de la langue. Chaque page ordonne les données avec précision et attend un complément possible.
Le cerveau du poète va plus loin. Il associe chaque donnée à une image précise et singulière qui rend la dissociation facile et surprenante. Ainsi tout rend plus aisément, et plus joliment. A titre d’exemple, maman possède une image unique tandis que cheval peut aussi bien signifier Macmillan que Redcastle ou Marco. Etonnant n’est ce pas ?
De plus, il existe des pièces séparées pour les langues étrangères, plus ou moins grandes, plus ou moins bien rangées, mais toujours ordonnées. On peut toujours tomber sur une « sock » dans le placard anglais, mais le nombre de tiroirs réduira les risques de réprimande. Du côté allemand, bien nettoyé, le morceau de « wurst » fera que l’on omettra bien rapidement l’oubli passager d’un petit mot, surtout si l’on découvre les autres portes avoisinant le pavillon « nihongo », nous faisant goûter les joies du thé et les douceurs du soleil levant : la Polska n’est pas loin avec sa culture d’entraide et de partage, nous envoyant au Sénégal, pour déguster un thiboudien après un retentissant « Kai Lekk ».
Fermée la porte, vous voici revenu dans la salle principale, emplie de vieux albums photos. Vous allez voyager dans le temps grâce à tous ces souvenirs poussiéreux : de maman enceinte à la meilleure amie paniquée, de papy à la naissance au dernier garçon rencontré, tous les clichés sont soigneusement fichés.
Il ne reste plus qu’à en comprendre le fonctionnement, et pour cela rien de mieux qu’une visite guidée du cockpit, le centre de contrôle à la pointe de la technologie moderne. Des milliers de boutons à la signification mystérieuse, des écrans de surveillance par dizaines et des micro-ordinateurs pour gérer le tout. Imposant, n’est-il pas ?
Ne vous en faites pas, la panne est ici passagère car le bon fonctionnement général est nécessaire à la survie du poète. Lorsqu’une demande est transférée à la boîte de commande, elle est aussitôt analysée, traitée –satisfait ou remboursée- et renvoyé dans un temps record….

Les mystères de mon encéphale sont réglés, et je sais que les pannes passagères sont dues à des bugs informatiques internes, comme quoi… Je reste toujours connectée. Bientôt j’installerai Msn, je vous jure !

 


Ps : J’ai aussi une maladie héréditaire et contagieuse, incurable, appelée Folie… Mince alors ! Saperlipopette on m’a encore dupée sur la date de péremption… (oui mon cerveau était déjà d’occasion…)


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